
Alors que le Parti socialiste semble englué dans ses luttes de pouvoir et débats internes, les "think tanks", cercles de pensée inspirés d'une tradition anglo-saxonne, se multiplient pour tenter de faire avancer leurs idées, tout en se tenant à l'écart de l'appareil partisan.Faisant figure de doyenne, la Fondation Jean-Jaurès, reconnue d'utilité publique en 1992, assure la gestion de l'"héritage socialiste" tout en voulant être une "force de proposition". Mais elle rejette le titre de "think tank", préférant se définir comme un "lieu de rencontres".Présidée par l'ancien Premier ministre Pierre Mauroy, elle revendique une "vraie place dans le débat" comme inspiratrice de politiques. Pour son directeur général Gilles Finchelstein, il y a besoin "de propositions décapantes, de véritables innovations" pour un parti qui ne sait pas offrir à la fois "une grande vision et des petites propositions".Plus à gauche, la fondation Copernic, créée en 1998, affirme n'être "liée à aucun parti politique". Mais Willy Pelletier, l'un de ses coordinateurs, regrette l'absence de contact avec les socialistes, car Copernic aimerait proposer ses "solutions non libérales pour ramener le curseur du débat public de la droite vers la gauche sur des questions comme les libertés publiques". Il ne se fait guère d'illusion, car "les programmes ne dépendent pas des fondations".Voulant changer le PS en assumant pleinement leur tendance libérale, les Gracques regroupent des hauts fonctionnaires proches de l'ex-Premier ministre Michel Rocard. Ils avaient appelé à une alliance entre Ségolène Royal et François Bayrou à la présidentielle de 2007.S'ils revendiquent une "influence en privé" -une de leurs figures de proue, l'ex-patron de la Fnac Denis Olivennes, est devenu directeur du Nouvel Observateur- ils reconnaissent que le Parti socialiste "ne peut pas reprendre" leur agenda, en raison des équilibres internes à ménager avec son aile gauche.Dernier né de ces cercles, Terra Nova, présidé par Olivier Ferrand, qui fut directeur de cabinet de Dominique Strauss-Kahn. Pour lui, "les +think tanks+ occupent le maillon manquant entre le diagnostic intellectuel et l'action politique. La gauche manquait de lieux comme ça".Créé en mai dernier, Terra Nova a notamment proposé d'institutionnaliser des primaires "à la française" au sein du PS pour préparer la présidentielle de 2012. "L'important, c'est que ça débatte, que ça infuse," explique M. Ferrand, pour qui il faudra toutefois du temps aux "think tanks" français pour arriver à avoir une influence comparable à celle de leurs homologues américains.Autre "club" apparu depuis la défaite de Ségolène Royal à la présidentielle, Changer la Gauche, créé à l'été 2007 par des étudiants et présidé par Julien Jeanneney, veut promouvoir "une modernisation idéologique". Il fonctionne par "diffusion d'idées" -tous les "think tanks" ont bien évidemment leurs sites web- à une échelle modeste. "Etre éloignés (du Parti Socialiste) est un immense avantage dans les querelles", explique M. Jeanneney.Hugues Nancy, délégué général de La Forge, club fondé par le socialiste Benoît Hamon et le Vert Noël Mamère, met en garde contre les dérives de "think tanks" qui, comme Terra Nova, rassemblent de nombreuses personnalités et attirent des militants désabusés par le PS."On n'est pas là pour remplacer les partis politiques", souligne-t-il.
Source: AFP
|