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Pakistan: le veuf de Benazir va être désigné président par les parlementaires
Publié le 05/09/2008 à 11:59:13 GMT

Les parlementaires s'apprêtent à élire samedi à la présidence du Pakistan le controversé et impopulaire Asif Ali Zardari, veuf de l'ex-leader de l'opposition Benazir Bhutto, dans un pays confronté au chaos politique, économique et à la menace terroriste islamiste.Au moins trois enfants et deux femmes ont été tués vendredi dans le nord-ouest du Pakistan par trois missiles tirés par des avions sans pilote, que seules les troupes américaines basées en Afghanistan voisin possèdent, ont indiqué des sources militaires.Asif Ali Zardari succédera à Pervez Musharraf, l'ex-général putschiste qui s'était emparé du pouvoir il y a neuf ans, poussé à la démission le 18 août par une coalition fragile de l'ex-opposition qui a remporté les législatives de février.Les éditorialistes quasi-unanimes s'alarment déjà des "effets néfastes" de la désignation d'une personnalité si controversée au moment où le pays est au bord de la banqueroute, où une vague d'attentats suicide a déjà fait près de 1.200 morts en un an et où Washington, exaspéré, a lancé sa première attaque connue au sol contre Al-Qaïda dans le nord-ouest, à partir de l'Afghanistan voisin.Dans la rue, il est extrêmement rare de trouver une personne qui accorde même le bénéfice du doute à M. Zardari, 53 ans et symbole de la corruption dans les années 1990 et encore largement désigné par son sobriquet de "M. 10%". Au plan légal, le mandat de cinq ans de M. Zardari sera pourtant incontestable: son Parti du Peuple Pakistanais (PPP), qui a perdu son chef l'ex-Premier ministre Benazir Bhutto le 27 décembre dans un attentat suicide, est arrivé en tête des législatives du 18 février. La justice a abandonné une partie des poursuites contre cet homme qui venait de passer 11 années en prison pour corruption et assassinat quand son épouse était au pouvoir (1988-1990 et 1993-1996). Il a été amnistié pour le reste des accusations il y a un an par le président Musharraf qui négociait avec Mme Bhutto un accord de partage du pouvoir.Samedi, les élus du Parlement et des quatre assemblées provinciales voteront. Les deux autres candidats, le magistrat Saeed-uz-Zaman Siddiqui et Mushahid Hussain, un proche de M. Musharraf, ne devraient recueillir que les quelques voix de leurs camps. Allié-clé des Etats-Unis dans leur "guerre contre le terrorisme" depuis septembre 2001, le Pakistan combat ses propres talibans et Al-Qaïda a décrété le "jihad" à Islamabad.Outre d'innombrables attentats suicide extrêmement meurtriers, l'armée est empêtrée depuis 2002 dans des combats avec les islamistes proches d'Al-Qaïda et des talibans afghans qui, selon Washington, ont reconstitué leurs forces dans les zones tribales du nord-ouest, frontalières avec l'Afghanistan. Or les Etats-Unis, principal bailleurs de fonds, ont récemment tapé du poing sur la table, estimant que l'armée n'en faisait pas assez. Ils ont mis il y a deux jours à exécution une menace: leur première intervention militaire directe sur le sol pakistanais depuis l'Afghanistan. Au moins 15 civils ont été tués, selon Islamabad, dans un village frontalier. Washington refuse de commenter, mais n'a pas démenti. Les tirs de missiles américains depuis l'Afghanistan visant Al-Qaïda mais n'épargnant pas les civils sont devenus quasi-quotidiens, renforçant un anti-américanisme déjà très prononcé parmi les 168 millions de Pakistanais.Les jours de la coalition de M. Zardari sont comptés, le gouvernement formé en mars et incapable d'agir concrètement depuis, est à la merci de petites formations aux intérêts très divergents, des laïcs progressistes aux fondamentalistes musulmans, en passant par des nationalistes ethniques.Les économistes prédisent la banqueroute dans deux mois si Islamabad ne redresse pas ses comptes publics: la population est excédée par une inflation record en Asie, avec des hausses de quelque 60% depuis le début de l'année des prix de l'électricité, des carburants et des principaux aliments de base.

Source: AFP
 
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